HISTOIRE DU CHAT - HISTOIRES DE CHATS

 

On trouve la trace de la présence des chats aux côtés de l'Homme quand on remonte, même très loin, dans l'Histoire et la Préhistoire.

Qui eut l'idée d'apprivoiser le chat et d'en faire un félin domestique ?

Je n'ai pas l'ambition d'éclaircir ce mystère, mais tout simplement de vous faire partager la fascination que j'éprouve pour le chat et son histoire, je devrais d'ailleurs dire ses histoires.

Je vous emmène en voyage sur les traces du chat dans l'Histoire et les légendes. J'espère que vous éprouverez autant de plaisir que moi à le pister à travers les âges.

C'est au début du Pléistocène (il y a un 1,8 millions d'années) qu'apparaît le chat sauvage de Martelli - felis lunensis - qui peut être considéré comme l'un des ancêtres directs de nos chats actuels. Notre chat domestique descend directement du chat sauvage d'Afrique. Il serait, en fait, issu de diverses espèces dont le "chat orné" qui vivait en Inde, au Pakistan et en Iran. Il présentait la particularité d'aller naturellement vers l'homme.

Certains historiens pensent que la domestication du chat a commencé en Egypte, lors des grands travaux des pyramides. Les esclaves, venus de Nubie, auraient été suivis par des chats du désert, attirés par l'odeur de la nourriture et la chaleur des feux sur les chantiers. On dit qu'il fallut plusieurs générations pour parvenir à cette domestication. On retrouve, dès 4500 AC, les premières traces de la vie du chat dans la société.
D'autres font remonter notre cohabitation à beaucoup plus avant dans le temps : les chats se seraient rapprochés de nous lorsque nous nous sommes sédentarisés et que nous sommes devenus des agriculteurs (le stockage des grains entraînant la prolifération des rats et des souris, nourriture favorite des chats).

"Au cours de l'Antiquité, peu de civilisations accordèrent une place aussi prépondérante aux dieux et aux déesses que les Egyptiens. Leur panthéon était singulièrement compliqué : certaines divinités s'associaient à d'autres entités pour devenir plus puissantes ou prenaient une forme humaine ou animale ou un aspect intermédiaire entre ces deux apparences. Les Egyptiens vénéraient des animaux sacrés comme le Bélier, le Taureau, le Chat, le Crocodile ou l'Hippopotame et leur vouaient un culte fervent. 
Citons quelques déesses parmi les plus connues : Neith, tisserande et guerrière, qui créa le monde; Maât, qui pèse l'âme des défunts et qui incarne l'équilibre du monde;  Nout, la déesse du ciel et mère d'Osiris, d'Isis, de Seth et de Nephtys; Isis la magicienne, mère de toute vie et d'Horus; Nephtys, la gardienne de l'au-delà; Mout, la compagne d'Amon, égale des dieux masculins; et, enfin, Hathor, la vache céleste qui a enfanté le soleil et qui se transforme en Sekhmet, terrible et terrifiante, ou en douce Bastet.

Hathor est la créatrice par excellence, la mère enceinte et la grande initiatrice de la vie; celle qui fait pousser les récoltes et renaître le soleil au matin. La déesse de la naissance, celle qui préside au destin du nouveau-né.

 Sous l'apparence de Sekhmet, c'est une déesse à tête de lionne et à corps de femme. Colérique, elle est dotée de pouvoirs immenses - son nom signifie d'ailleurs la Puissante - et fascine les hommes, entre protection et destruction. Elle est la compagne de Ptah et la mère de Néfertoum (le dieu Lotus). 

(source : Wikipédia)

 

 Elle est l'héroïne d'une légende très importante :

Ré vit parmi les hommes, mais ceux-ci se révoltent contre lui. Il décide donc de les punir avec l'assentiment des autres dieux et leur envoie Sekhmet qui crache des flammes. Toutefois, Ré ne souhaite pas l'extinction de la race humaine et il doit avoir recours à une ruse pour arrêter Sekhmet. Il fait fabriquer une grande quantité de bière rougeâtre qu'il répand sur la Terre et que Sekhmet lape jusqu'à l'ivresse. Quand elle s'éveille, celle-ci comprend qu'elle a été dupée et décide de quitter la terre d'Egypte. Le pouvoir de Ré s'en trouve amoindri et la sécurité et le destin du monde sont en péril. Ré envoie donc Thot à la recherche de Sekhmet. Celui-ci, à force de cajoleries, convainc Sekhmet de rentrer avec lui. 
On dit que c'est alors qu'elle prend l'apparence de Bastet, la déesse chatte.
Elle est accueillie à Eléphantine, à la frontière sud de l'Egypte, au début de la crue du Nil.

Les Egyptiens la craignaient et la considéraient comme responsable des vagues de chaleur et des étés suffocants. Elle pouvait provoquer la fièvre et les épidémies, intoxiquer la nourriture et polluer le Nil. Elle était surtout dangereuse durant les cinq derniers jours de l'année (365 jours comme la nôtre).
Ses prêtres étaient appelés les ouab (les Purs) et étaient également fort redoutés.


Sous la forme bienveillante de Bastet, elle est l'incarnation de la féminité. Toutefois, sous sa sérénité et sa bonté sommeille un tempérament imprévisible qui peut la rendre redoutable.
Elle est la protectrice de la ville de Bubastis et devient peu à peu la Maîtresse du double pays. Elle est la déesse musicienne de la joie. Elle est figurée sous l'aspect d'une chatte. Elle est la patronne du foyer, la déesse de la maternité, de la fertilité et des multiples vertus féminines. Elle est souvent représentée avec un couteau dans une patte en train de couper la tête d'Apopis, le serpent géant ennemi de son père Rê. 

 

 

(source : Wikipédia)

A partir de la Troisième période intermédiaire, elle est représentée par une femme à tête de chatte, portant un sistre et un petit panier.
Bastet est capable de bienveillance et de bonté.
C'est Sekhmet qui a enfanté Pharaon, mais c'est Bastet qui l'a allaité.

Dans chaque temple, les prêtres désignent un animal donné comme incarnation du dieu ou de la déesse, en fonction de caractéristiques immuables déterminées par la tradition et le rituel.
L'animal élu vit dans l'enceinte du temple et on lui rend le même culte qu'à la statue du dieu ou de la déesse. Il reçoit les offrandes des fidèles.
Le temple de Bubastis, créé par le pharaon Pépi Ier, consacré à la déesse Bastet, possède un élevage de chats sacrés. 

 

 (source : http://www.touregypt.net/featurestories/tellbasta.htm)

Mort, l'animal-dieu est embaumé, momifié, parfois déposé dans un sarcophage et, ensuite, enterré avec le même cérémonial que les humains.
De très nombreuses nécropoles d'animaux sacrés, contenant parfois des milliers de momies, ont été retrouvées par les archéologues. 
A Bubastis, la nécropole des chats contenait 300 000 momies de félins.
Des milliers de peintures, figurines, statuettes et bijoux à son effigie témoignent de son immense popularité.
Son culte déclinera vers -350 AC, avant d'être interdit, par décret impérial, en 390 PC." 
(source : Dieux tout-puissants et animaux sacrés, éd. Atlas, 2002).

 Laissez-moi vous conter une bien belle légende (in E. Lagarde, Le Roi des Chats et autres histoires, éd. Le Pré aux Clercs, 2007) :

"Méreret, Celle qui est aimée, se pencha sur la corbeille de roseaux tressés et croisa le regard confiant de la chatte qui y était couchée. Elle posa doucement la main sur le flanc gonflé, et perçut sous sa paume le grouillement des petits prêts à naître. Elle sentit aussi une vague de contractions douloureuses que la chatte supporta en silence, yeux clos et bouche entrouverte, avec de légers tressaillements dans les pattes.
- Je suis avec toi, murmura Méréret. Je sais ce que c'est... Reste bien calme...
C'était la première portée de la jeune chatte, et toute la famille était mobilisée autour de l'événement. Un chat avait déjà partagé leur vie pendant plusieurs années, mais il était mort l'an passé. Tous les membres de la famille s'étaient rasés les sourcils et couvert le visage de cendres en signe de deuil, avant d'ensevelir dans la nécropole le petit animal momifié couché dans un sarcophage de bois.
Cependant, Méréret devait porter le déjeuner de son époux aux champs. La saison de peret, l'émergence, avait commencé. La décrue allait vite, et les travaux de labour et de semailles réclamaient tous les bras disponibles. Les trois garçons avaient déjà rejoint leur père, Inksou, Il m'appartient !. La jeune femme prit son dernier-né tout nu dans la nacelle où il gigotait en secouant les amulettes pendues à son cou. Elle le plaça à califourchon sur sa hanche, bien calé contre elle dans le châle qu'elle avait noué sur son épaule. C'était une fille, et Méréret l'avait appelée Tadébastet, Celle que Bastet a donnée. En effet, après ses trois garçons, Méréret avait perdu deux enfants à la naissance, puis était restée un long moment sans en attendre d'autre. Elle avait beaucoup prié Bastet, la déesse chatte protectrice des mères et des tout-petits, et celle-ci lui avait donné cette enfant, belle et saine, qui faisait le bonheur de ses parents et de ses frères. Méréret était heureuse d'avoir enfin une fille : elle pourrait l'instruire des devoirs d'une bonne maîtresse de maison, comme sa propre mère l'avait fait pour elle. Elle aurait le bonheur de la voir danser à l'occasion des fêtes qui ponctuaient les trois saisons.
Avant de quitter la maison, Méréret posa à côté de la corbeille de roseaux la petite effigie de Bastet qu'elle et son mari avaient commandée à un artisan sculpteur de leur voisinage. Cela leur avait coûté cher, mais ils souhaitaient offrir cette figurine à la déesse chatte, en remerciement de sa protection, lors des prochaines fêtes de Bubastis où ils comptaient se rendre pour la première fois. C'était une fine statuette de bois dur, où la divinité à corps de femme et tête de chatte, parée de bijoux, regardait en souriant une portée de chatons s'ébattre à ses pieds. Il était normal que Bastet, protectrice de la maternité, veille sur la petite chatte en douleurs...
Méréret hâta son pas, rassurée. Dans une ruelle, elle croisa une petite procession constituée d'une mère chatte suivie de ses petits. C'était sans doute la première sortie des chatons, que leur mère emmenait dans des greniers à céréales afin qu'ils y apprennent leur métier de chasseur de rats et de souris. Ils avaient déjà dû goûter le savoureux gibier, et s'exercer à donner le coup de dents fatal dans la nuque, grâce aux proies que la chatte leur avait rapportées. Maintenant, c'était à eux de les attraper.
La mère comme les petits était d'une belle couleur fauve, striée de marques plus foncées. Tous avaient une queue annelée, le bout des pattes presque noir, de grandes oreilles, le corps gracieux et élancé. La chatte portait un mince collier de minuscules perles bleues. Méréret en avait confectionné un en verroterie turquoise pour sa jeune chatte. Elle regrettait de ne pas être assez riche pour lui offrir une chaîne d'or et de fines boucles d'oreilles, comme le faisait la femme du patron de son mari pour tous les chats de leur famille...
Quand Méréret entra dans sa maison, elle mit quelques instants à s'habituer à la pénombre, qui contrastait avec la violente clarté extérieure. Elle posa doucement le bébé endormi dans sa nacelle puis s'agenouilla avec le petit garçon devant la corbeille de la chatte.
- Ils sont nés ! s'exclama l'enfant.
Une nichée bien propre et bien léchée se pressait contre les flancs de la chatte. Dans l'étroite mêlée des toisons à peine sèches, Méréret n'arrivait pas à dénombrer les chatons cramponnés aux mamelles. Il lui semblait qu'il y en avait quatre.
- Ô ma jolie Bastet vivante, te voilà quatre fois mère !
Sous la voix caressante, la chatte souleva les paupières et la lumière de son regard atteignit Méréret en plein coeur. "L'oeil du soleil..." songea la jeune femme. Comme tout le monde, elle était fascinée par les yeux des chats : à la fois reflets solaires et miroirs lunaires, leur pupille varie selon l'intensité de la lumière du soleil, mais rappelle également les diverses phases de la lune. Ces yeux qui leur permettent aussi bien de regarder en face l'astre solaire sans courber la tête que de voir et se diriger dans la nuit ! C'est pourquoi ces yeux incomparables étaient reproduits avec le plus grand soin sur les sarcophages des félins, au moyen d'incrustations d'obsidienne, de pâte de verre ou de cristal de roche. Méréret se souvenait très bien de leur scintillement dans la nécropole, lors du dépôt du sarcophage de leur chat défunt...
Quand Inksou et ses fils rentrèrent du travail, leur joie fut grande, malgré leur fatigue, de trouver une nichée de chatons tétant et un bébé radieux marchant, ainsi qu'un bon repas de poissons aux légumes, odorants de fenouil, de cumin et de thym, avec des pains tout chauds...
- Il paraît que des petits chats sont nés chez vous ?
- Oui, répondit Méréret avec fierté. Il y en a quatre.
- Quatre enfants en bonne santé, quatre chatons, vous êtes bénis des dieux !
La femme qui venait de parler avait perdu la moitié de ses enfants à la naissance ou en bas âge, comme cela arrivait hélas souvent.
- En effet, reprit Inksou. Nous savons que nous avons de la chance. Nous irons en pélerinage aux prochaines fêtes de Bubastis pour remercier la déesse Bastet de ses bienfaits.
- Il paraît qu'il s'en passe de belles, là-bas ! fit un voisin, le regard égrillard. Certaines femmes retroussent leur robe et imitent les chattes en chaleur... Et le vin coule à flots ! Ouh là là ! J'irais bien avec vous !
- Tais-toi donc, lui dit sa femme. Tu racontes des bêtises !
- C'est vrai ! La belle déesse a des pouvoirs magiques qui stimulent l'amour...
- Il paraît que c'est une fête merveilleuse ! ajouta Méréret, les yeux brillants. Sur les bateaux qui descendent le Nil, tout le monde rit, danse, chante, fait de la musique... On débarque sur l'île où se trouve le temple avec des provisions, du vin, des offrandes. La statue de Bastet est portée en procession, lavée, habillée, parfumée, parée de bijoux ! Toute la ville est en liesse...
A cette évocation, un silence rêveur s'était emparé de la petite assemblée. Mais il se faisait tard. Les douze heures de la nuit étaient courtes en cette saison, et les travailleurs devaient prendre du repos. Les habitants se levèrent, se saluèrent, et rentrèrent peu à peu chez eux.
C'était l'heure dangereuse où le serpent Apopis guettait la barque de Rê pour l'attaquer et tenter de mettre fin à son parcours sans cesse recommencé, pour l'empêcher de revenir éclairer et réchauffer le monde...
A l'issue de la douzième heure de la nuit, c'est Bastet, la fille de Rê, qui donne au monstre le coup fatal. La douce chatte Bastet, incarnation de la féminité sereine, déesse musicienne de la joie, maîtresse du foyer, protectrice des naissances, redevient, face à son ennemi, la lionne féroce des origines, sauvage et redoutable. Armée d'un grand couteau, elle décapite le serpent. Le pouvoir destructeur d'Apopis est annihilé pour les douze heures du jour suivant.
Le chemin est libre devant Rê qui remonte dans la nef solaire pour apparaître à la lumière étincelante de l'aurore, tandis que l'horizon est inondé du sang rouge du serpent vaincu. Ranimé et régénéré, Rê entame une nouvelle course diurne en dispensant ses faveurs aux hommes, jusqu'à la fin de la douzième heure du jour, où il devra reprendre la lutte dans l'obscurité du Noun. Car Apopis, toujours vaincu mais toujours renaissant, est indestructible. Il est l'adversité qui amène les forces d'équilibre à se raffermir chaque jour une nouvelle fois. Ainsi l'harmonie du monde procède-t-elle du combat incessant entre l'ordre et le chaos.
Méréret fut réveillée par les pleurs de Tadébastet qui avait faim. Elle ouvrit les yeux et vit les rayons du soleil éclairer les poutres de la pièce, au ras des petites ouvertures aménagées en haut des murs. Elle soupira d'aise : la barque solaire avait échappé aux dangers de la nuit, l'ordre du monde était maintenu. Elle s'assit et prit l'enfant dans sa nacelle. Soudain, elle poussa un cri :
- Inksou, réveille-toi, vite !
Inksou se redressa et regarda ce que lui désignait le doigt tendu de Méréret : sur le sol, entre la corbeille des chats et la nacelle du bébé, gisait un serpent immobile. On voyait nettement la trace des dents qui s'étaient plantées à la base de sa tête, le tuant net.
- C'est la chatte qui l'a tué, fit Méréret en frissonnant à l'idée du drame qui aurait pu se produire.
Elle alla voir dans le panier : tout le monde allait bien. Les chatons respiraient doucement. La chatte était calme mais frémissante et vigilante. Elle regardait Méréret intensément, comme pour lui raconter ce qui s'était passé.
Le monstré écailleux s'était glissé dans la maison, près du bébé endormi, près des chatons nouveaux-nés, autant de tendres victimes dans lesquelles planter ses crocs empoisonnés. Mais la chatte avait bondi de son nid, arrachant son flanc aux bouches affamées de ses petits, et avait brisé la nuque de l'ennemi ancestral.
- Oh ma belle, ma belle, ma déesse..., murmura Méréret émue et tremblante.
Elle serra contre elle sa petite fille, son bébé, son tout-petit, son enfant sauvée.
- Ce soir, je mettrai des branches d'épine sur le seuil, dit Inksou. Les serpents ne viennent pas normalement à cette saison.
Tout en allaitant Tadébastet, Méréret prépara le petit déjeuner. L'homme et les garçons partirent pour les champs.
La jeune femme retourna près de la chatte. Plus que jamais, elle avait la certitude d'avoir sous son toit la déesse Bastet incarnée, à la fois tendre mère et tueuse impitoyable. Même profondément assoupi, le chat est toujours en état d'alerte, c'est l'une des caractéristiques qui prouvent son essence divine. Ce qui s'était passé cette nuit le montrait bien : aucun autre animal que le chat n'est plus digne de veiller sur le soleil endormi.
Ô chat sacré ! Ta tête est la tête du dieu Soleil.

Ton nez est le nez de Thot, du seigneur trois fois grand d'Hermapolis.
 Tes oreilles sont celle d'Osiris
qui entend la voix de tous ceux qui l'invoquent.
Ta bouche est la bouche du grand dieu Atoum,
le seigneur de la vie qui t'a préservé de toute souillure.
Ton coeur est le coeur de Ptah !"

 

En Chine comme en Inde, le chat fut connu peu de temps après l'Égypte et accueilli comme animal bénéfique grâce à son habileté à chasser. Sa beauté le fit accepter comme animal de compagnie essentiellement auprès des femmes.
En Chine, le dieu agreste Li-Shou avait les traits du chat et, en Inde, la déesse de la fécondité Sasti était l'équivalente de Bastet.


Au Japon, le chat fut introduit vers le VIe siècle, et la coutume voulut que chaque temple en possède deux afin de préserver les manuscrits des souris. Selon la légende, l'empereur Hidi.jo, adorateur des chats, ordonna de les choyer. À tel point que, lorsque l'on eut besoin d'eux pour préserver les vers à soie contre les souris, afin de ne pas les déranger, on utilisa un subterfuge consistant à peindre des chats sur les portes ou à placer des statuettes en bronze, en porcelaine ou en bois. Bien évidemment cela s'avéra peu efficace, et le chat devint l'incarnation d'un démon impuissant, méchant et égoïste.
Les Japonais du Moyen Âge distinguaient les chats porte-bonheur par leur pelage "écaille de tortue" (blanc, noir et fauve) et les chats maléfiques par leur queue fourchue et leur capacité à se transformer en sorcières. Mais l'animal connut à nouveau une heure de gloire qui interdisait d'enfermer les chats adultes. L'adoration japonaise pour le chat ne revêt pas par contre l'aspect d'un culte. Les adeptes du yoga en appréciaient la position du sommeil (couché en rond), idéale pour la régulation du fluide vital.
Symbolisant la pureté, il sera l'intercesseur entre Bouddha, parfait et unique, et son peuple de fidèles. Pourtant, lors de l'accession de Bouddha au nirvana, il se serait assoupi et arriva donc en retard à la cérémonie, ce qui fut considéré comme bien irrévérencieux.


Les Arabes du VIIe siècle voient dans le chat une âme pure, contrairement à celle, impure, du chien. Ils adoraient le Chat d'or avant l'Islam, et Mahomet porta également un regard bienveillant sur l'animal. En effet, la légende veut que sa chatte, Muezza, s'étant endormie dans la manche du prophète, celui-ci préféra couper son habit plutôt que de déranger sa compagne. La chatte en fut reconnaissante. Son maître passa alors affectueusement trois fois la main sur son échine, lui conférant ainsi la faculté de toujours retomber sur ses pattes et celle d'avoir sept vies.




Les marins phéniciens introduisirent les premiers chats domestiques égyptiens sur le pourtour de la Méditerranée, mais ce sont les Romains qui les ont répandus dans toute l'Europe lors de leurs conquêtes. 
Les Grecs, avant l'invasion romaine, n'avaient pas besoin des chats pour protéger leurs récoltes, car ils utilisaient des serpents ou des mustélidés (belettes, furets, etc.).

Voilà comment Plutarque parle du chat dans une de ses oeuvres : 

 

 

"Le chat symbolise la lune, à cause du pelage tacheté, de l'activité nocturne et de la fécondité de cet animal : on dit qu'il met au monde d'abord un petit, puis deux, trois, quatre, cinq et qu'il en a ainsi un de plus chaque fois, jusqu'à sept, si bien qu'en tout, il mettrait au monde vingt-huit petits, autant qu'il y a de jours dans une lunaison. Cela n'est peut-être qu'une fable : mais la pupille de l'oeil du chat semble bien s'arrondir et se dilater à la pleine lune, rétrécir et se contracter pendant le décours de cet astre."

 

Isis et Osiris, Oeuvres morales
Tome V, 2è partie, Les belles Lettres, traduit par 
C. Froidefond, 1993.

 

Au Ve siècle après Jésus-Christ, les chats domestiques se sont répandus dans toute l'Europe.
Dans les pays nordiques, Freyja, la déesse de l'amour, est représentée entourée de chats.

Au Moyen-Âge, il acquiert une réputation démoniaque, surtout quand il est noir, qui lui vaut d'être pratiquement exterminé. Il faut y voir l'oeuvre de l'Eglise qui le considère comme un suppôt de Satan lui-même. Cela est sans doute dû à son passé égyptien (culte païen et réputation surnaturelle). 
La croyance qui veut que, lorsqu'un chat se passe la patte derrière l'oreille, il va pleuvoir remonterait à cette époque.
En 1484, le pape Innocent VIII encourage dans une bulle les sacrifices des sorcières et de leurs chats à l'occasion des fêtes populaires. 
Le bûcher est le moyen de prédilection d'extermination des chats et de leurs propriétaires. 
En Picardie, on allume des bûchers circulaires au milieu desquels on met les chats. 
En Bourgogne, même les enfants s'en mêlent et promènent au bout d'une perche des chats de ferme en ferme pour les faire griller. Il arrive également que l'on emmure des chats vivants lors de la construction de nouveaux bâtiments afin d'en éloigner les rats, cette coutume barbare existe également en Angleterre.
Mais il faut croire que cette précaution ne suffit pas et, bientôt, faute de prédateurs, les rats se mettent à pulluler et, avec eux, se répand dans toute l'Europe la Peste Noire.
C'est elle qui, en fin de compte, sauvera le chat... 
On mit donc fin aux persécutions quand on se rendit compte que, dans les campagnes, les paysans qui avaient gardé leurs chats sortaient indemnes de la peste. Et on les rechercha de nouveau pour lutter contre les rongeurs, tant sur terre que sur mer, protecteurs des cargaisons ou mascottes, ils devinrent présents sur tous les navires.

Certaines traditions sont toutefois restées très vivaces. 
Ainsi, chez nous, en Belgique, tous les ans, le deuxième dimanche de mai, la ville d'Ypres (Ieper) organise une fête du chat avec le cortège des chats : 2.000 figurants, des dizaines de chevaux et différents chars de triomphe mettent le chat sous les feux historiques et folkloriques. 
Le clou du spectacle, tenez vous bien, un lancement de chats du haut du beffroi... Aujourd'hui heureusement, on lance des chats en peluche.

En France, selon les souverains, il connut des heurs et des malheurs. 
Ainsi sous le règne de Henri III (1574-1589), on en exécuta plus de 30 000 car le roi en avait une frousse bleue.
Louis XIII (1601-1643), lui, par contre, les adorait. Son principal ministre, le cardinal de Richelieu, les aimait beaucoup également. Ils régnaient donc en maîtres à la cour de France.
Louis XV fut sans doute le roi qui les aima le plus. C'est d'ailleurs lui qui interdit la tradition de brûler des chats lors des bûchers de la Saint Jean. C'est sous son règne, qu'un premier ouvrage sera consacré au chat, Histoire des Chats, par François Augustin Paradis de Moncrif (un nom pareil, cela ne s'invente pas !).
Napoléon, lui, les déteste et y est d'ailleurs allergique.

 

Ce n'est qu'au début du XVIIIe siècle que les chats colonisèrent l'Amérique et l'Australie.

A l'époque victorienne, il est estimé pour son utilité et, surtout, pour sa grande beauté. La première exposition féline a lieu en 1871 au Crystal Palace de Londres. Son objectif était de montrer aux amateurs la variété de couleurs et de motifs caractérisant les différentes races de chats. On put y admirer, entre autres, des Siamois, d'importation récente, un Persan et un Abyssin. Ce fut un énorme succès qui se transforma en événement annuel. La Reine Victoria aquit deux Persans bleus.

 

 
(source : Wikipédia)

 

 


En 1887, on crée le National Cat Club, sous la présidence d'Harrison Weir, un écrivain félinophile. C'est ainsi que commence l'élevage tel qu'on le connaît encore aujourd'hui.
En 1895, ce sont les Américains qui organisent une exposition au Madison Square Garden. 
La France suit, en 1896, avec une exposition au Jardin d'acclimatation de Paris.

 Au début du XXe siècle, on retrouve le chat partout : cartes postales, lithographies, affiches publicitaires, etc. et cela se prolonge jusqu'à aujourd'hui. Aux Etats-Unis, il y a même des astrologues et des psychanalystes pour chats. En 1949, se crée la Fédération internationale féline d'Europe (F.I.Fe). Aujourd'hui, plusieurs organisations nationales et internationales veillent au devenir des races de chats et de leurs nombreuses variétés et on dénombre une cinquantaine de races officiellement reconnues internationalement.

Que de chemin parcouru depuis l'Antiquité !  
Quoique...

La revue The New England journal of medecine cherche à comprendre les origines des prémonitions chez les chats (notamment des prémonitions de mort). L'odorat du chat semble être en cause : le chat "sentirait" la maladie à son stade le plus grave. De quoi ouvrir de nouvelles perspectives de soins palliatifs. Quand on sait que les Egyptiens de l'époque pharaonique considéraient le chat comme l'accompagnateur des morts, on se dit que l'homme moderne à mis du temps à réaliser à quel point le chat est un animal magique...

 

 

(illustration de Susan Herbert, source : http://www.literary-cat.cwc.net/Victorian_Diary.htm)

Voilà un très joli conte de Mongolie que j'ai trouvé sur Internet :  

"Il était une fois, un chat qui avait volé un vénérable moine à maintes reprises. Un jour qu'il s'enfuyait avec un chapelet entre les dents, le moine le poursuivit, l'attrapa par la queue et la lui arracha. Ainsi troussé, le chat n'osa plus se montrer ni chasser; il perdit toutes ses forces et faillit mourir de faim. Mais il eut une idée : il pendit le chapelet à son cou et se posta près d'un passage très fréquenté. Une souris l'y aperçut, s'effraya et voulut se sauver, mais le chat lui adressa la parole :
«Mon enfant, sois sans crainte. Je suis un chat-moine, j'ai fait mes voeux et ne tuerai point. Dieu veuille que vous autres souris suiviez, comme moi, les chemins de la religion!». 
La petite souris, très impressionnée par ces douces paroles, devint pieuse. Elle réunit un grand nombre de ses compagnes et leur transmit le message. Toutes venaient entourer le chat dévôt pour l'écouter. Alors, il leur dit:
«Maintenant, après avoir entendu le saint enseignement, faites cercle autour de moi et défilez l'une derrière l'autre, afin de me faire votre profession de foi, avant de rentrer chez vous.»

Ainsi, après chaque sermon, les souris s'en allaient en marchant à la queue leu-leu . Et le chat mangeait la dernière. Voyant diminuer leur nombre, un doute vint aux souris et elles délibérèrent. Le président de l'assemblée conclut :
«Allons examiner les crottes du chat!»
En y trouvant des os et des poils, les souris furent fixées : le chat les trompait. Au sermon suivant, on posa la question au chat : «Maître, de quoi vous nourrissez-vous?»
Le chat :
«Je me contente, mes frères et mes soeurs, de feuilles et d'herbes sèches.»
Le président réunit encore l'assemblée et décida :
«Procurez-vous une clochette avec un ruban, que vous trouverez dans la maison du voisin. Nous l'attacherons au cou du chat. Si, en le quittant, vous entendez le son de cette clochette, retournez-vous toutes pour voir ce qu'il fait!». 

Au sermon suivant, le président dit au chat, en attachant la sonnette à son cou :
«Veuillez accepter, oh Maître, ce modeste bijou!»
Et quand les souris s'en allèrent à la queue leu-leu, comme d'habitude, elles entendirent soudain tinter la clochette, se retournèrent et virent le chat dévorer la dernière de la procession. Alors, le président s'écria :
«Le ventre du saint chat augmente au fur et à mesure que le nombre des souris diminue. Maître, comment se fait-il qu'on trouve des os et des poils dans vos crottes, si vous ne consommez que des feuilles et des herbes?»
Ainsi parla-t-il, et toutes les souris se sauvèrent chez elles pour ne plus jamais revenir. Le chat reconnut :
«J'ai été pris pour ne pas avoir recouvert mes crottes.»
À partir de ce jour, il ne manqua plus jamais de le faire, et voilà pourquoi tous les chats en font autant. Du moins, c'est ce que l'on dit."

 

 Dans le Gers, une petite ville, La Romieu, est appelée la ville des chats à cause de la légende d'Angeline et on y organise chaque année la fête des chats (à la mi-août !) :

"En l'an de grâce 1338, dans un village de Gascogne appelé La Romieu, célèbre par sa belle collégiale édifiée depuis 20 ans, vivaient heureux Vincent et Mariette. Il était bûcheron et sa femme l'accompagnait souvent dans la forêt pour faire les fagots. Ils travaillaient dur, mais avec les volailles, le cochon, les légumes et les fruits du jardin, la table était garnie. Ils étaient mariés depuis 3 ans, lorsque Mariette mit au monde une petite fille qu'ils appelèrent Angéline. Hélas Vincent fût écrasé par un arbre qu'il abattait. Mariette, inconsolable, se laissa dépérir et deux mois plus tard, elle fût trouvée morte, tenant Angéline dans ses bras. 
La petite fut recueillie par une voisine et grandit avec ses enfants comme leur soeur. Angéline montrait une grande attirance pour les chats. Il y en avait toujours deux ou trois autour d'elle qui, la nuit, dormaient dans son lit. Elle partageait souvent son écuelle avec eux.
Angéline, au fil des ans, devenait une solide jeune fille qui aidait bien ses parents adoptifs aux travaux des champs, toujours accompagnée de ses chats.
L'an 1342 et les deux années suivantes, l'hiver fut rude et le printemps et l'été si pluvieux qu'il ne fut pas possible d'ensemencer les champs. Il s'ensuivit une terrible disette et malgré la distribution par le seigneur Arnaud d'Aux des réserves de la Collégiale, les habitants de La Romieu n'eurent bientôt plus rien à se mettre sous la dent. Ils pensèrent alors aux chats, si nombreux dans le village, et en firent de la gibelotte.

Les parents d'Angéline, sachant combien elle aimait les siens, acceptèrent qu'elle garde un chat et une chatte, à condition de bien les cacher, car les voisins ne demanderaient qu'à leur tordre le cou. Angéline enfermait donc les deux minous tout le jour dans le grenier et, la nuit, les laissait sortir pour chasser. Mais la famine s'accentuait et beaucoup de villageois mouraient. Angéline et ses parents subsistaient péniblement en récoltant des racines dans les bois, quelquefois des champignons, mais c'était piètre pitance. Très amoindris, ils purent néanmoins surmonter cette triste période et des temps plus cléments permirent enfin de récolter de quoi vivre.
Mais à La Romieu, où les chats avaient disparu, les rats avaient proliféré au point de menacer les récoltes. Angéline, avec des précautions infinies, avait pu cacher ses chats et ils avaient eu plusieurs portées. C'était donc une vingtaine de greffiers qui s'ébattaient dans le grenier. Heureusement, la maison était isolée. Les villageois se lamentaient devant les dégâts causés par les rats. C'est alors qu'Angéline annonça qu'elle allait lâcher une vingtaine de chatons que les habitants pourraient adopter. Les rats disparurent rapidement et c'est ainsi qu'Angéline sauva La Romieu d'un nouveau malheur. Le village lui voua une éternelle reconnaissance.
La légende dit aussi que le visage d'Angéline, au fil des ans, ressembla de plus en plus à un chat et que même ses oreilles se transformèrent en oreilles de chat."

(Source : Office du Tourisme de La Romieu)

 

 

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